Aller au contenu
Accueil » Chroniques » Le marché immobilier ne veut pas des mères célibataires

Le marché immobilier ne veut pas des mères célibataires

Elles sont environ 2 millions en France. Parmi elle, des femmes qui travaillent et qui gagnent suffisamment leur vie pour ne relever d’aucun dispositif d’aide sociale. Des femmes qui, pourtant, se retrouvent en première ligne face à la crise du logement dans les zones où le marché immobilier est tendu. Pas assez pauvres pour être aidées. Pas assez solvables pour rassurer les bailleurs. Bienvenue dans le parcours du combattant des mères célibataires qui cherchent un logement.

Un bon dossier ne suffit plus à louer un appartement

Un CDI, un salaire convenable, des quittances à jour, un dossier de location certifié conforme par l’Etat. Sur le papier, elle a tout du profil idéal. Pourtant, son dossier est refusé. Parce qu’elle est seule à gagner ce revenu. Parce qu’elle a des enfants à charge. Et surtout parce que le loyer représente plus que le fameux seuil accepté par certains bailleurs.

Cette femme, c’est peut-être vous, votre sœur, ou votre amie. Elle n’est ni riche, ni pauvre. Son salaire la fait sortir des dispositifs destinés aux ménages les plus modestes. Mais paradoxalement, il ne suffit pas non plus à rassurer les bailleurs. Située entre deux mondes, c’est un trou dans la raquette.

Son défaut ? Elle est un risque statistique. Davantage exposée à la précarité selon les chiffres officiels de l’INSEE, elle est victime de son statut. C’est une forme de discrimination.

La GLI, l’ennemi juré des mères célibataires

GLI. Garantie des Loyers Impayés. Trois lettres qui ont transformé la recherche de logement en cauchemar pour un grand nombre de français. Et les premières victimes, ce sont les familles monoparentales.

Le principe est simple : le bailleur se protège contre le risque d’impayé en souscrivant une assurance privée. Mais cette assurance repose sur des critères de solvabilité précis :

  • Le niveau de revenus : le salaire doit représenter 3 fois le montant du loyer
  • La stabilité professionnelle : CDI hors période d’essai uniquement
  • Pas de garant : impossible de cumuler GLI et garant, sauf pour les étudiants et apprentis

Et c’est là que le bât blesse. Car dans ce système, la capacité réelle d’une personne à payer son loyer n’est pas ce qui compte. Ce qui importe, c’est sa capacité à cocher les cases des critères de la GLI.

Or, sans garant, avec un seul salaire et dans un marché immobilier devenu complètement fou, combien de mères célibataires qui travaillent gagnent 3 fois le montant du loyer ? Hors APL, hors pension alimentaire, hors prime d’activité.

Le système, tel qu’il est conçu, les élimine d’office de la course au logement.

Les mères célibataires, grandes oubliées du logement

C’est peut-être le plus violent dans cette histoire. Elles représentent presque 2 millions de voix françaises, et pourtant, les mères célibataires sont totalement invisibles.

On parle beaucoup des personnes mal logées. Des ménages précaires, des familles pauvres, des personnes sans emploi. Des étudiants et des apprentis. A juste titre d’ailleurs. Mais qui se soucie de celles qui travaillent, qui se débrouillent, et qui galèrent dans l’indifférence la plus totale ?

On leur dit que la colocation entre mamans, c’est vachement à la mode, qu’elles devraient essayer. Comme si c’était une solution à long terme. On leur dit aussi qu’il y a des mobil-homes super confortables de nos jours, dans les campings. Et puis parfois on leur dit qu’elles n’avaient qu’à pas quitter leur mari, sans se demander pourquoi elles l’ont fait. Violence, manipulation, inceste ?

Et c’est précisément là que la question dépasse largement celle de l’immobilier. Car si la mère célibataire est devenue une réalité sociale massive, pourquoi son statut reste-t-il aussi peu pris en compte dans les mécanismes de la vie quotidienne ?

Pourquoi doit-elle constamment prouver qu’elle peut tout assumer seule ?

À quand la reconnaissance du statut de mère célibataire ?

Être mère célibataire, ce n’est ni un métier, ni un statut juridique qui réglerait magiquement toutes les difficultés. Mais c’est une réalité sociale et économique qui a des conséquences très concrètes.

On a légiféré sur le cas des étudiants et des apprentis. Dans le cadre de la GLI, par exemple, ils ont la reconnaissance d’un statut à part. Ils ont la possibilité de cumuler GLI et garant physique ou privé. Et ça change tout dans l’accès au logement ! Avec ça, n’importe quelle mère célibataire qui travaille pourrait accéder au logement.

Alors pourquoi rien n’est-il fait ? Est-ce l’héritage d’un système patriarcal ? Est-ce une volonté de l’Etat, qui espère relancer la natalité, en mettant des bâtons dans les roues de celles qui s’émancipent ?

Le modèle traditionnel a éclaté. Peut-être est-il temps de cesser punir les femmes qui choisissent d’élever seules leurs enfants.


En savoir plus sur MyDigitalex

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire