Les chroniques du chaos #1 : Le mythe du « bordel organisé »

On connaît tous cette phrase : « ne t’inquiète, c’est un bordel organisé. »

Prononcée avec le sourire, elle donne presque l’impression que tout est sous contrôle. Comme si le chaos faisait partie de l’ADN de l’entreprise et qu’il fallait simplement apprendre à vivre avec. Pourtant, derrière ce « bordel organisé » se cache souvent une réalité bien différente. Une réalité qui fatigue les équipes, ralentit les projets et finit parfois par faire fuir les meilleurs collaborateurs.

Un fonctionnement qui repose sur les habitudes… plutôt que sur un cadre

Dans beaucoup d’entreprises, les choses se mettent en place au fil du temps. On crée un dossier parce qu’il en faut un. On ajoute un tableau Excel. Puis un deuxième. Les informations circulent par mail, par téléphone, sur WhatsApp ou au détour d’une conversation dans un couloir. Et finalement, tout le monde s’habitue.

Les anciens savent où chercher. Ils connaissent les raccourcis. Ils savent qu’il faut demander à Sophie avant de modifier un devis ou appeler Marc pour retrouver un document. Mais pour une nouvelle recrue, c’est une toute autre histoire.

Personne n’explique vraiment comment les choses fonctionnent. Parce qu’en réalité… personne ne le sait vraiment. On fait « comme d’habitude ». Et ce fameux « comme d’habitude » devient le seul mode d’emploi de l’entreprise.

Quand le chaos devient le quotidien

Au début, cela semble fonctionner. Puis les premiers signes apparaissent. Les mêmes questions reviennent sans cesse. Les décisions prennent du temps. Les erreurs se multiplient. Les collaborateurs ont peur d’oublier quelque chose. Ils passent plus de temps à chercher des informations qu’à faire avancer leur travail.

Petit à petit, la frustration s’installe. Les plus autonomes finissent par avoir l’impression de perdre leur énergie dans des problèmes qui pourraient être évités. Les plus investis commencent à se décourager. Et les nouveaux collaborateurs se demandent rapidement s’ils ont fait le bon choix en rejoignant l’entreprise. Le turnover augmente. Non pas parce que les missions sont inintéressantes. Mais parce que travailler dans un environnement où rien n’est vraiment cadré devient épuisant.

Le plus ironique dans tout ça ? Les dirigeants pensent souvent que le problème vient des équipes. Alors qu’il vient très souvent du fonctionnement lui-même.

Le chaos n’est pas une culture d’entreprise

Contrairement à ce que l’on entend parfois, le chaos n’est pas un signe d’agilité. Une entreprise agile sait s’adapter. Une entreprise chaotique, elle, improvise en permanence. Ce n’est pas la même chose.

Mettre un peu de cadre ne signifie pas devenir une organisation rigide. Il ne s’agit pas de créer des procédures de cinquante pages ou de multiplier les validations. Il s’agit simplement de permettre à chacun de savoir quoi faire, où trouver l’information et comment avancer sans dépendre en permanence des autres.

Un cadre rassure. Il fait gagner du temps. Il réduit la charge mentale. Et surtout, il redonne envie de s’investir.

Parce qu’au fond, les équipes n’ont pas besoin que tout soit parfait. Elles ont simplement besoin que le fonctionnement de l’entreprise les aide à faire leur travail… plutôt que de leur compliquer la vie.


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